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Agenda Guadeloupe

Le carnaval guadeloupéen : les jours qui comptent, du dimanche gras au mercredi des Cendres

Le carnaval de Guadeloupe ne se résume pas à un week-end : il court de début janvier au mercredi des Cendres, avec quatre journées qui concentrent l'essentiel. Voici ce qui s'y passe, dans quel ordre, et pourquoi ces dates changent d'une année sur l'autre.

Un groupe carnavalesque guadeloupéen défile derrière ses tambours, suivi par la foule massée sur les trottoirs, en fin de journée.
Les déboulés des groupes à po avancent tambours en tête, suivis par le public massé le long du parcours.

Un carnaval de deux mois, pas d'un week-end

Le carnaval guadeloupéen s'ouvre le premier dimanche qui suit l'Épiphanie, début janvier, et se referme au mercredi des Cendres. Entre les deux, chaque dimanche appartient à une commune ou deux : les groupes y répètent, y défilent, y rôdent leurs costumes et y présentent leurs nouveautés. Ce n'est donc pas un carnaval de trois jours, mais une saison entière installée dans la vie de l'archipel, avec ses concours, ses élections de reines et ses soirées de rue.

Comme ces dates suivent Pâques, elles se déplacent chaque année. Le mardi gras tombe exactement 47 jours avant Pâques, donc entre le 3 février et le 9 mars ; le mercredi des Cendres est le lendemain, et le dimanche gras deux jours avant le mardi. Un carnaval précoce ou tardif ne se ressemble pas : lumière, pluie, affluence et vacances scolaires diffèrent du tout au tout.

Reste une constante : la fin est toujours la même. Après les jours gras, une journée de vidé referme la saison, et le carême reprend ses droits. Tout ce qui précède n'est que préparation de cette semaine-là.

Un char décoré et un groupe costumé de rouge avancent sur une avenue de Pointe-à-Pitre pendant le mardi gras, devant une foule dense.
Le mardi gras, chars et groupes costumés de rouge défilent sous le soleil, devant un public massé sur tout le parcours.

Le dimanche gras : la grande parade de Pointe-à-Pitre

Le dimanche gras se déroule à Pointe-à-Pitre. La parade démarre l'après-midi et ne s'achève que très tard dans la soirée. Les groupes y passent devant des jurys, et le concours porte principalement sur la musique et sur la présentation d'ensemble, costumes et mise en scène comprises, que l'on appelle ici la festiverie. C'est aussi le jour de la grande parade des reines et de la première apparition publique de Vaval, le roi du carnaval.

En marge du défilé officiel, les masques circulent, font claquer leur fouet et réclament une rançon aux automobilistes, dans un esprit de fête et de dérision. Le public, lui, arrive tôt : à Pointe-à-Pitre, la place est chère le jour de la parade, le stationnement quasi impossible, et beaucoup de spectateurs restent debout plusieurs heures.

Le lundi gras : pyjamas, marchandes et mariages burlesques

Le lundi gras a ses rituels propres, surtout à Basse-Terre : un défilé en pyjama très tôt le matin, connu sous le nom de lévé pyjama, puis le défilé des marchandes. La journée est aussi celle des mariages burlesques, où des couples se déguisent avec les vêtements de l'autre sexe et traversent la ville en cortège, sous les rires.

Le soir, place aux parades nocturnes : celle de Basse-Terre, construite autour du thème des lumières, et celle de Saint-François, qui accueille le concours de chorégraphie. D'autres communes ajoutent leurs propres rendez-vous ce jour-là. Le programme se lit commune par commune, et il change d'une année sur l'autre.

Une foule réunie au crépuscule autour de l'effigie de Vaval dressée sur un bûcher, pendant le mercredi des Cendres.
Le mercredi des Cendres, la foule se rassemble autour de Vaval : le roi du carnaval est brûlé et la fête s'achève.

Le mardi gras : les chars, le rouge et les diables

Le mardi gras est la journée la plus suivie. La grande parade se tient traditionnellement à Basse-Terre, sur un circuit long et pentu, réputé éprouvant pour les groupes comme pour les spectateurs. C'est l'un des rares jours où les chars sortent en nombre, la largeur de la rue le permettant.

Le concours du mardi porte sur les costumes et les chars, autour d'un thème annoncé à l'avance. Le rouge domine la journée : diables rouges et masques à cornes sont de sortie. Les cornes renvoient au taureau et à la puissance dans un monde rural, et beaucoup de groupes y glissent une lecture de l'année écoulée, entre humour et critique.

Le mercredi des Cendres : le grand vidé

Le mercredi des Cendres clôt la saison. C'est le jour du grand vidé : la foule s'habille en noir et blanc, les groupes sortent une dernière fois, et la journée se termine par la crémation de Vaval au coucher du soleil, devant un public qui chante. Le carnaval se vide alors de sa chair, avant l'entrée en carême.

Le contraste est volontaire. Après les couleurs des jours gras, le noir et blanc marque la rupture, et les diables et diablesses défilent une ultime fois dans les rues. La journée n'est pas plus courte que les autres : à Basse-Terre, les festivités se prolongent dans la nuit, après le bûcher.

Vaval, le roi que l'on brûle

Vaval, diminutif créole de carnaval, est le roi de la fête. Il est représenté par un bwabwa, une marionnette géante souvent à l'effigie d'un personnage connu, et censé incarner les problèmes de l'année écoulée. Il défile, puis il est brûlé le mercredi des Cendres : l'incinération vaut purification, et la foule reprend le refrain Vaval, Vaval, Vaval ka kité nou, qui dit que Vaval nous quitte.

La reine du carnaval, élue avant les jours gras, accompagne le roi. Elle peut se présenter dans trois tenues : costume traditionnel, tenue de soirée ou tenue travestie. Cette figure, et les défilés qui l'accompagnent, compte parmi les rendez-vous les plus suivis de janvier et de février.

Quatre familles de groupes

Les groupes carnavalesques se rangent aujourd'hui en quatre grandes familles, qui ne se ressemblent ni par le son, ni par les tambours, ni par les costumes. On les reconnaît au premier regard, ou plutôt à la première mesure : ce qui les sépare, c'est autant l'instrumentation que la façon de défiler.

  • Les groupes à po (peau) : tambours à peau d'animal, chachas et conques de lambi, fouets qui claquent, costumes faits de matières récupérées.
  • Les groupes à mas : masques de l'imaginaire guadeloupéen, chorégraphies et satire, dans une longue tradition de dérange.
  • Les groupes à caisses claires : percussions modernes, sections de cuivres pour les mieux financés, costumes et chars très travaillés.
  • Les groupes à synthé ou à sono : instruments électrifiés et sonorisation, souvent en tête des chars les plus suivis par le public jeune.

Les groupes à po, mémoire de l'île

Les groupes à po se sont formés à la fin des années 1960, dans un contexte de revendication culturelle et identitaire, en réaction aux groupes à paillettes. Les tambours à peau de cabri, de vache ou de mouton, les conques de lambi et les fouets qui claquent avant l'arrivée du cortège renvoient à l'histoire de l'esclavage et aux rythmes ancestraux du gwoka.

Certains participants s'enduisent le corps de gwosiwo, mélange de mélasse et de suie qui noircit la peau, ou de roucou. Leurs défilés, appelés déboulés, avancent en masse et souvent de nuit, ce qui donne à la ville une tout autre physionomie. Akiyo, fondé en 1979, et Voukoum, fondé en 1988 dans le Sud Basse-Terre, figurent parmi les plus anciens.

Les mas, ces figures qui dérangent

Le mas n'est pas un simple déguisement : il est là pour effrayer, déranger et choquer. Plusieurs figures reviennent d'une année sur l'autre. Le mas a lan-mò, drapé de blanc ou de noir et muni d'un masque funéraire, le mas a konn, avec ses cornes de taureau, le mas a fwet, encagoulé et fouet en main, ou encore le mas a miwa, couvert de fragments de miroirs, en hommage à la communauté indienne.

D'autres racontent l'histoire de l'île : le mas gwo siwo, enduit de sirop noir, le mas a roukou qui évoque les premiers habitants, le mas a hangnion vêtu de haillons, qui ouvre le carnaval après les dépenses de Noël. Certains mas sont plus récents : le mas a zonbi a été créé en 1991 par le groupe Voukoum pour un lundi gras.

Après le vidé, la Mi-Carême

Le carnaval ne s'arrête pas tout à fait au mercredi des Cendres : les derniers défilés ont lieu à la Mi-Carême, environ trois semaines plus tard, avec les groupes à peau et un public plus clairsemé. C'est un rendez-vous à part, avec ses propres codes, qui mérite un article entier.

Entre-temps, la vie ordinaire reprend : le carême, les jours de semaine, les écoles. Les groupes, eux, ne s'arrêtent pas : costumes, musiques et chorégraphies se préparent toute l'année pour les quelques journées qui comptent vraiment.

Se repérer le jour venu

Ce qui change d'une année sur l'autre, ce n'est pas la structure du carnaval mais le calendrier. Telle commune choisit de sortir le samedi, telle autre double un défilé, un groupe annonce son déboulé la veille au soir. Un programme écrit en janvier ne vaut donc plus grand-chose en février.

Trois réflexes suffisent : vérifier les dates de l'année en cours avant de réserver, viser le début de soirée pour les parades de nuit, et accepter de suivre un cortège sans horaire. Les affiches locales et les pages des communes restent plus fiables qu'un programme imprimé à l'avance.

Pour les dates de l'année en cours, le rendez-vous est sur l'agenda tenu à jour : c'est là que se vérifient les jours de sortie, commune par commune, semaine après semaine, jusqu'au mercredi des Cendres. Les dates de l'année suivante sont publiées bien plus tard, souvent à l'automne.