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Agenda Guadeloupe

La Route du Rhum vue de Pointe-à-Pitre : quatre ans, une arrivée

Tous les quatre ans, la même scène se rejoue dans la baie de Pointe-à-Pitre : un mât qui grossit à l'horizon, une foule massée derrière les barrières, un marin qui n'a pas dormi depuis des jours. La Route du Rhum s'élance de Saint-Malo le 1er novembre 2026 pour sa treizième édition. Voici ce que cette arrivée fait à la ville, et comment la suivre sans se tromper de jour.

Une foule massée derrière des barrières regarde un grand trimaran de course amarré aux pontons, à la tombée du jour.
Les pontons d'honneur, face au Mémorial ACTe : c'est là que les solitaires accostent depuis 2018, accueillis du premier au dernier.

Quatre ans, une seule destination

Depuis 1978, la course transatlantique en solitaire créée par Michel Etevenon relie Saint-Malo à Pointe-à-Pitre, tous les quatre ans, sur un parcours théorique d'environ 3 542 milles nautiques, soit 6 559 kilomètres. Une chose n'a jamais bougé : la ligne est jugée en Guadeloupe, dans la baie de Pointe-à-Pitre, et les concurrents doivent laisser l'île à bâbord. Ils la contournent donc par le nord, puis redescendent par l'ouest avant de couper la ligne. Le port d'accueil est le même depuis la première édition.

Cette fidélité a une origine commerciale. Au milieu des années 1970, les producteurs de sucre et de rhum des Antilles cherchent un moyen de relancer la filière. L'idée d'une grande course vers les Antilles est portée par Bernard Hass, secrétaire général du syndicat des producteurs, et par Florent de Kersauson. Les Guadeloupéens mettent 500 000 francs de l'époque pour les six premiers, et Saint-Malo l'emporte sur Bordeaux pour le départ. La première édition s'élance le 5 novembre 1978 avec 38 concurrents.

Un voilier de course toutes voiles dehors approche d'une baie antillaise, vu depuis la côte rocheuse.
Les derniers milles, entre dévents et courants : un bateau peut rester en vue des heures avant de franchir la ligne.

La dernière nuit se joue sous la côte

Les marins le répètent : la course n'est pas finie quand la terre apparaît. Il reste à passer la tête à l'Anglais, à virer à la bouée de Basse-Terre, puis à traverser le canal des Saintes avant de descendre vers la baie. Dévents créés par les mornes, courants entre les îles, grains et fatigue accumulée : c'est là que se perdent les écarts les plus minces, et parfois les places d'honneur.

Pour qui regarde depuis la côte, cela veut dire qu'un bateau peut être en vue pendant des heures avant de franchir la ligne. Le classement se joue dans les derniers milles, et un duel peut se rejouer sous la terre. En 2018, sept minutes et huit secondes séparaient Francis Joyon de François Gabart à l'arrivée. Une arrivée ne s'annonce donc jamais à l'heure près, même quand la silhouette est déjà nette.

Le Mémorial ACTe, décor des arrivées

Depuis 2018, les solitaires accostent face au Mémorial ACTe, rue Raspail, sur le site de l'ancienne usine Darboussier. Le bâtiment, inauguré le 10 mai 2015, est consacré à la mémoire de l'esclavage et de la traite atlantique. Auparavant, la fête s'était tenue à la marina du Bas-du-Fort, puis à la darse et sur la place de la Victoire à partir de 2002. Les pontons d'honneur font face au mémorial, ce qui donne aux cérémonies un arrière-plan qui ne ressemble à aucun autre port de course.

Pour s'y rendre, l'organisateur compte dix à quinze minutes de marche depuis la place de la Victoire ou depuis le port, et sept à huit kilomètres depuis l'aéroport Pôle Caraïbes. La région Guadeloupe a noué un partenariat avec le mémorial, qui inscrit un programme autour de la notion de Traversée dans sa saison culturelle. L'arrivée n'est donc pas seulement une ligne à franchir : elle traverse aussi un lieu de mémoire.

Des canots saintois colorés amarrés à un quai de pêche, au petit matin, avec des pêcheurs sur le ponton.
Le canot saintois, école de voile de l'archipel : plusieurs skippers engagés en 2026 y ont appris à naviguer.

Trois villages, pas un

En 2026, l'organisateur annonce l'ouverture du village de Guadeloupe à partir du 5 novembre, avec trois pôles. Le principal s'installe au Mémorial ACTe, à Pointe-à-Pitre, du 5 au 15 novembre, avec restauration et concerts chaque soir. Un deuxième village est prévu à Basse-Terre du 5 au 8 novembre, et un troisième à la marina du Bas-du-Fort, à vocation pédagogique, autour de l'économie bleue et des métiers de la mer. Le programme des festivités court jusqu'au 22 novembre, avec les étapes du Trophée des Saintoises.

Les chiffres de fréquentation donnent la mesure de l'événement : plus de 300 000 spectateurs avaient assisté aux arrivées en 2022, selon l'organisation. Un détail pratique mérite attention : toutes les pages officielles ne donnent pas exactement la même date d'ouverture, et certaines annoncent le 6 novembre. Avant de bloquer une journée ou de réserver un trajet, la prudence consiste à consulter le programme du village le jour même.

Six classes, six vitesses, une semaine d'arrivées

La treizième édition réunit six familles de bateaux sur une seule ligne de départ : Ultim, IMOCA, Ocean Fifty, Class40, et deux catégories nouvelles, Vintage Mono et Vintage Multi, qui remplacent les Rhum Mono et Rhum Multi de 2022. Tous partent ensemble et suivent le même parcours, mais ils ne se déplacent pas à la même allure. Les plus grands trimarans peuvent franchir l'Atlantique en une semaine, les monocoques de 40 pieds mettent nettement plus longtemps.

L'histoire donne l'échelle : Mike Birch avait gagné la première édition en 23 jours, 6 heures et 59 minutes, pour 98 secondes d'avance sur Michel Malinovsky. En 2022, Charles Caudrelier a établi le record en 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes sur le Maxi Edmond de Rothschild. Entre ces deux extrêmes, l'arrivée d'une même édition s'étale sur plusieurs jours, classe par classe. La fête dure donc plus longtemps qu'une soirée, et le dernier concurrent est accueilli avec la même ferveur que le premier.

Des Guadeloupéens sur la ligne

L'édition 2026 compte plusieurs skippers de l'archipel : Ulysse Pozzoli sur Earwen, Rodolphe Sepho sur Rêve de large, Yannick Rebuffat sur Mussulo 40, tous trois en Class40, et David Ducosson sur Trilogik en Vintage Multi. Keni Piperol, Thibaut Vauchel-Camus et Damien Seguin, installés en métropole pour les deux derniers, ont grandi en Guadeloupe. Leur présence change le regard du public : on ne regarde plus seulement passer des bateaux lointains, on suit des voisins.

Victor Jean-Noël, président de la Ligue de voile de Guadeloupe, résume ce que la course représente localement : elle est, dit-il, le rêve de tous ceux qui souhaitent naviguer et de ceux qui se demandent pourquoi pas eux. Ulysse Pozzoli relie pour sa part la course au large à la voile traditionnelle et au canot saintois. C'est peut-être le vrai héritage de ces quatre décennies : une génération formée sur les régates locales, capable de prendre le départ de la plus dure des transatlantiques en solitaire.

Suivre l'arrivée sans se tromper

Le départ est donné le dimanche 1er novembre 2026 à 13 h 02 à Saint-Malo, soit 8 h 02 en Guadeloupe. Pour la suite, aucune heure ne peut être garantie à l'avance : en 2022, le départ avait été repoussé de trois jours pour cause de météo, et les temps de traversée dépendent entièrement des conditions rencontrées. Le suivi en ligne de l'organisateur reste la seule référence fiable, mise à jour en continu pendant la course.

Sur place, la meilleure place est à terre, sur l'esplanade du mémorial ou du côté de la place de la Victoire, et non sur l'eau : les zones de sécurité autour des bateaux sont contrôlées, et les concurrents ont besoin d'espace pour manœuvrer après une semaine sans sommeil. Prévoyez de l'eau et de quoi attendre, car une arrivée annoncée peut glisser de plusieurs heures. Les dates des villages et des concerts, elles, se lisent dans l'agenda tenu à jour en Guadeloupe.